3 ans et demi de délai de livraison pour une 2CV en 1952

Dans l’histoire de l’automobile française de grande série, aucune voiture n’atteindra plus jamais les sommets de la 2CV en matière de délais de livraison.

Le modèle, présenté au public en 1948, industrialisé à moins de 900 exemplaires en 1949, n’est véritablement commercialisé que depuis le mois de Février 1950. D’ailleurs, parler de « commercialisation » est assez prétentieux car Citroën n’est pas du tout en mesure de livrer la clientèle en temps et en heure. Au 1er Février 1950, Citroën possède environ 85 000 bons de précommande pour la 2CV Berline. Au 24 décembre 1950 tomba le chiffre de la première année complète de production ; 6 196 voitures ! De quoi satisfaire 1 client sur 13…

Dans certaines concessions, c’était même 4. Certains clients voulaient verser des acomptes, et d’autres payer comptant pour l’avoir plus tôt.
Citroën disait aux concessions à peu près combien de voitures ils allaient recevoir, mais comme ils ne connaissaient pas la date de livraison exacte, ils ne pouvaient pas prendre d’acomptes. Les gens étaient inscrits sur un cahier. Quand la 2CV arrivait il y avait parfois des surprises car les clients n’avaient pas attendu, entre temps ils avaient acheté une autre voiture et parfois ils ne se souvenaient même pas qu’ils en avaient commandé une. De toutes les manières, cela faisait le bonheur du client suivant !

Existait-il une manière d’avoir une 2CV plus tôt ?

Oui et non. Un client qui achetait une Traction 15CV avait droit à une 2CV qu’il obtenait très rapidement. Même chose pour celui qui prenait un camion. S’il le désirait, une 2CV était  réservée en priorité. Les livraisons des clients normaux étaient simplement décalées. Début 1950, vendre une 15 ou un camion était difficile alors tous les moyens étaient bons. Résultat : beaucoup de clients en ont profité pour commander une 2CV qu’ils ont revendu de suite en se faisant une petite marge ! Ce n’est qu’à partir de 1957 que les délais de livraison sont devenus raisonnables pour la 2CV. Même s’il fallait quand même attendre une année.

Dans la France de 1954 où se fabriquent à peine 100 000 voitures particulières par an, où posséder une automobile est un luxe absolu tandis qu’un ménage sur trois n’a pas encore accès à l’eau chaude… certains français s’apprêtent à suivre le chemin compliqué, semé d’embûches mais finalement gratifiant consistant à acquérir une Citroën 2CV.

A Levallois, on ne vit plus, on ne respire plus que pour la 2CV. On trouve de la place pour installer de nouvelles machines qui permettent de monter rapidement en cadence, mais les halls d’assemblage sont trop petits. La demande est trop forte, la pression commerciale intense, le réseau impatient, la clientèle déçue mais les commandes ne faiblissent pas, au contraire ! A la fin de l’année 1951, la production a plus que doublé ; 14 592 voitures. C’est encore insuffisant ! d’autant que la fourgonnette vient d’entrer dans la danse. Mais elle ne sera pas fabriquée à Levallois, c’est impossible. La fabrication sera délocalisée chez Panhard dans son usine de l’avenue d’Ivry, dans le 13ème arrondissement de Paris. Dans ce contexte, il est donc très difficile de se procurer une 2CV neuve.

En 1954, un client Renault touche sa 4CV en cinq mois et Peugeot livre sa 203 en six mois.

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